Les titres originaux sont tellement rares parmi le catalogue de livres islâmiques qu’il est difficile de faire la fine bouche. Lorsque l’Histoire des prophètes d’Ibn Kathîr est sortie aux éditions Maison d’Ennour, mon premier réflexe a été de m’en réjouir. Certes d’autres éditeurs ont déjà tenté l’aventure par le passé, mais sans grand bonheur, avec des traductions bâclées. Qu’en est-il de cette version ?
Le livre – imprimé en Chine, on peut d’emblée déplorer la qualité de fabrication du livre, en particulier pour la deuxième édition, avec une couture des cahiers tellement serrée qu’on a peine à ouvrir le livre, le papier s’en trouvant gondolé. Chaque exemplaire a sa couverture complétée par une chemise que l’imprimeur s’est échiné à raccourcir, si bien qu’elle ne tient pas, les rabats étant trop courts: on se trouve obligé de l’ôter très vite. On comprend vite en l’ôtant la raison de la présence de ces chemises: le façonnage de la couverture est médiocre, avec des traces de colle, des bulles d’air sont présentes un peu partout ce qui donne une sensation de rugosité au toucher. L’intérieur du livre est assez correct, avec une qualité d’impression qui correspond à la moyenne de la profession. Le papier blanc est de qualité moyenne.
Le texte – Ibn Kathîr opère dans ce livre à une vraie recherche historique, puisant dans le Coran et le hadîth, mais aussi dans les différents avis de Compagnons et de savants. Il va également chercher chez les Scripturaires un point de comparaison et une source complémentaire, avec toute la prudence dont il ne cesse de faire preuve. Il fait partie de ces livres dont il suffit de citer le nom de l’auteur pour qu’on sache à quelle qualité on peut s’attendre.
Les éditions Maison d’Ennour on fait un travail sérieux avec le contenu du livre, chose à laquelle ils nous ont habitués, dont la traduction est agréable à lire. Par ailleurs un effort a été fait pour retranscrire les noms arabes en transcription phonétique selon une règle, mais qui n’a pas été précisée, ce qui est à déplorer. Les premières pages du livres laissent augurer un travail d’identification des hadîths (cf. pp. 13, 17 et 21) dans les recueils, travail très rapidement avorté. Aucune présentation ni préface n’accompagne le livre. Curieux comme je suis, j’aime bien connaître le traducteur, ce qui est également un critère de choix du livre pour le lecteur. Ici le bât blesse, puisque l’éditeur a pris cette mauvaise habitude de ne pas citer celui-ci mais plutôt d’inscrire une formule sybilline: “Traduit de l’arabe par l’équipe littéraire des Editions Maison d’Ennour”. Qui se cache derrière celle-ci ? Lâ a3rif ! Un autre point a attiré mon attention: le livre ne fait que 450 pages, avec une fonte de 12 points parfois grasseyée sur plusieurs pages pour cause de citations coraniques, et la consultation du livre de référence en arabe révèle que le livre est un fait un abrégé de l’original, puisque de nombreux personnages cités par Ibn Kathîr sont écartés dans cette traduction. On aurait apprécié que l’éditeur nous en informe.
Pour conclure: pas de préface ou de présentation, une annotation réduite au plus simple appareil, pas de tableau de transcription phonétique, des libertés prises sur le texte original sans qu’en soit averti le lecteur et enfin une quatrième de couverture dénuée de tout texte, là sont les nombreux défauts de ce livre qui aurait pu être plus réussi si ces points n’avaient pas été négligés. La critique doit se faire plus rude quand on sait que c’est une deuxième édition. Mais le texte reste propre et lisible, et étant la seule traduction potable disponible, on pourra s’y référer si le besoin s’en fait sentir. Le tarif de 15€ reste tout de même un peu élevé vu les nombreux défauts et la fabrication médiocre. En plus, je me suis laissé dire qu’une version concurrente allait sortir, complète et par un traducteur reconnu…
as-salâmu ‘alaykum
Tous ces oublis ne sont-ils pas volontaires ? Ne veulent-ils pas se prémunir de tout coupage d’herbe sous leurs pieds, en évitant de donner trop d’infos ?
Comment par Al-Kanz — juin 24, 2007 @ 5:34
As-salâmu 3alaykum,
Le seul coupage d’herbe que j’envisage, c’est éventuellement que leur traducteur soit sollicité par un autre éditeur.
Pour le reste, c’est plutôt lié à un travail qui n’a pas été jusqu’à son terme, plus qu’à un oubli.
Comment par Muhammad — juin 24, 2007 @ 5:51
as-salâmu ‘alaykum
En écrivant, je pensais en effet plus particulièrement au traducteur.
Comment par Al-Kanz — juin 24, 2007 @ 7:16
As-salâmu 3alaykum,
De mon point de vue, lorsqu’un traducteur est bon, c’est avant tout un apport de valeur ajoutée pour le livre. Parmi les bons traducteurs qui existent, il y a Azzeddine Haridi et Claude Dabbak par exemple, et leur nom est gage de qualité. Du point de vue du traducteur, un livre traduit est une carte de visite, et la présence de son nom lui permet d’en justifier. Bref, je suis assez pour la présence du nom du traducteur. D’autant que ceux-ci ne sont pas de nature à refuser un travail intéressant et bien payé, dans certaines limites.
Comment par Muhammad — juin 25, 2007 @ 6:12
15€ pour ce type de production, nous sommes au dela de la moyenne. Ce type de sujet devient récurrent, on va bientot vomir ce type de lectures. Pourquoi nos éditeurs ne prennent ils pas la peine de traduire des bi joux de la littérature islamique? Le lectorat musulman déja frileux et peu actif dans le domaine de la lecture va encore être déçu!
Comment par miloud — juin 26, 2007 @ 3:05
Salam,
Bravo pour ce site (peut-être me réconciliera-t-il avec les publications dites islamiques) et bonne continuation
.
Petites coquilles dans cet article : “en fait un abrégé”.
Comment par Hanan — juin 26, 2007 @ 3:46
As-salâmu 3alaykum,
Miloud: 15€, ce n’est pas cher pour un livre quand il est suffisamment soigné. Ici, c’est tout juste. Mais n’importe quel livre de ce format chez un éditeur non-islâmique coûtera bien plus cher.
Hanan: bârakallâhu fîki. Je vois que vous êtes plus attentive que moi sur ce que j’écris. Je vous remercie de votre remarque. J’espère pouvoir faire réfléchir certains sur ce domaine, in shâ’ Allâh.
Comment par Muhammad — juin 26, 2007 @ 6:53