Expérience sociologique: libraire dans une librairie islamique

Comment je me suis cassé le nez | juin 21st 2007

Cherchant à commander le livre Un juif sur l’islam, je me suis cassé le nez. Biographie de Muhammad Asad, homme-curiosité pour nombre d’européens car juif converti à l’islam, ce livre est sorti en 2005 chez Stock. En toute logique, il devrait être disponible, ce qui n’est pas le cas. L’auteure, Florence Heymann, est anthropologue au Centre de recherche français de Jérusalem, organisme rattaché au CNRS. Tout cela est gage de qualité. Les réseaux de distributions indiquent pourtant l’arrêt définitif de commercialisation. Ca me met la puce à l’oreille: comment un livre qui est épuisé en deux années est retiré de la vente ? Et là, la magie de Google faisant son effet, je trouve le fin mot de l’histoire: c’est un plagiat. J’en tombe de ma chaise. Autant suis-je habitué à ce genre d’affaires dans le domaine du livre islâmique (je suis désabusé, je l’admets), autant de la part d’une personne travaillant au sein d’un organisme de recherche exposé, cela me surprend.

La dame Heymann, ayant trouvé un sujet digne d’intérêt et surtout de curiosité, a commencé par traduire ses carnets de voyage (Un Proche-Orient sans romantisme: Journal de voyage, Leopold Weiss, traduction par Florence Heymann, CNRS, 2005) et dans la foulée a sorti une biographie signée de son nom. Sauf que deux personnes avaient déjà fait un travail similaire auparavant: un américain, Martin Kramer, et un allemand, Günther Windhager. Chacun dénonce le plagiat. Martin Kramer, citation à l’appui, montre que Florence Heymann a quasiment repris des morceaux de son article, sorti dans le livre, The jewish discovery of islam, qui est un mélange en hommage à Bernard Lewis. Quant à Günther Windhager, auteur pour sa part d’une biographie en allemand de Muhammad Asad, Leopold Weiss alias Muhammad Asad. Von Galizien nach Arabien 1900-1927, il clame dans le journal Die Muslimische (p. 14), que le livre de Florence Heymann traite principalement de la période couverte par sa propre étude (1900-1927) et dédie un petit nombre de pages au reste de sa vie.

Il semblerait donc que ce soit aussi l’avis de Stock, puisque le livre, est, comme je l’ai dit, retiré de la vente. Ce n’est pas un cas à part, puisqu’on lit, toujours dans Die Muslimische, que cela pourrait être le cas de 20 à 30% des livres.


Posted in Les livres

Pas encore de commentaires »

Quelque chose à dire ?RSS des commentaires URI de Trackback