Expérience sociologique: libraire dans une librairie islamique

Le rejet des éditeurs libanais | juin 16th 2007

Les éditeurs libanais sont souvent mal vus parmi nos clients. Ils ont eu l’expérience eux-mêmes ou ont su par le bouche-à-oreille que leurs livres sont souvent en très mauvais français. Quand je dis “éditeurs libanais”, j’entends ceux qui éditent ET sont domiciliés exclusivement au Liban. J’en compte cinq principaux: Dar al-Kotob al-Ilmiyah, Al-Biruni, Ibn Hazm, Dar el-Fikr, al-Maktaba al-Asriyya. Je me propose de les analyser successivement et d’effectuer un classement.

1) Dar al-Kotob al-Ilmiyah: cet éditeur libanais est réputé pour ses livres en langue arabe. C’est un acteur majeur de la place beyrouthine depuis les années 70. Il s’est lancé plus tard sur le marché du livre islâmique français et anglais. Malheureusement la qualité des traductions est faible. La majeure partie de ses titres sont en mauvais français, à l’exception d’une exégèse du Coran (un mukhtasar, ou abrégé) d’Ibn Kathîr. On sent un léger infléchissement dans la politique éditoriale de cette maison dans le secteur français avec les derniers titres, mais on est encore loin du compte. On peut imputer cette persistance de la présence de mauvaises traductions à la prééminence de leur secteur arabe qui leur permet de diffuser des livres sans risquer les retours (qui va renvoyer au Liban des livres alors que le prix du transport est plus élevé que la valeur des livres eux-mêmes ?). Autre élément susceptible de participer à ce phénomène: la diffusion des titres en langue française dans les anciennes colonies françaises où l’exigence de qualité n’est pas toujours aussi élevée qu’en métropole.

2) Al-Biruni: dirigé par Muhammad Daher, ancien ambassadeur du Liban, cette maison offre une meilleure qualité que la précédente: un Coran phonétique, une série de livres de Moustafa Mahmoud (l’auteur de Dialogue avec un ami athée), la traduction de certains auteurs intéressants comme Muhammad ‘Abduh ou Muhammad Asad (Leopold Weiss). A noter aussi une traduction du Renouveau de la pensée religieuse en Islam, de Iqbal. Récemment, un Tajrid (compendium) du Sahîh d’al-Bukharî est sorti. Nous en ferons mention bientôt. A noter qu’Al-Biruni ne s’illustre pas, au contraire de l’éditeur précédent, dans le domaine du livre arabe.

3) Ibn Hazm: éditeur de livres en langue arabe, Ibn Hazm s’est lancé dans le livre français très récemment. Il fait appel à des traducteurs qui officient parmi les éditeurs du livre islâmique français. Si le contenu s’avère correct, la forme des livres n’est pas toujours agréable, ce qui est étonnant car cet éditeur fait preuve d’inventivité avec son fonds arabe.

4) Dar el-Fikr: très actif dans le domaine français, ses livres ont pourtant progressivement disparu des étals tant ils sont mauvais. Il continue à officier dans le domaine arabe.

5) al-Maktaba al-Asriyya: avec peu de titres disponibles sur le marché français, cet éditeur reste intéressant et assez sérieux. Ainsi une traduction bilingue intégrale du Sahîh d’al-Bukharî en 8 volumes, une Histoire des prophètes ou un abrégé du Sahîh de Bukharî, encore une fois, il se positionne comme un des meilleures références au sein des éditeurs libanais en langue française.

Pour conclure, disons que les deux premiers à s’être lancés furent Dar al-Kotob al-’Ilmiyah et Dar el-Fikr, qui sont, comme nous l’avons vu, parmi les moins bons des cinq. Le temps a permis aux trois autres d’émerger et de proposer une offre plus adéquate avec la réputation des éditeurs libanais dans le domaine arabe. Il n’y a pas de raison, après tout, que ceux-ci fassent du bon dans l’arabe et du très mauvais dans le français. Gageons que dans le futur, la qualité s’améliorera encore sensiblement.

Classement:

1/ al-Maktaba al-Asriyya

2/ al-Biruni

3/ Ibn Hazm

4/ Dar al-Kotob al-Ilmiyah

5/ Dar el-Fikr


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