Expérience sociologique: libraire dans une librairie islamique

Sortie: La papauté contre l’islam de Charles-André Gilis, éd. Le turban noir

Un petit nouveau dans le cercle des éditeurs islâmiques, Le turban noir, semble se vouer à l’édition d’ouvrages du guénonien Charles-André Gilis, jusqu’alors édité par Al-Bouraq. Après La petite fille de neuf ans et Tawhîd et ikhlâs est paru dernièrement La papauté contre l’islam. Ce dernier traite principalement du “changement d’attitude” opéré selon l’auteur par la papauté vis-à-vis de l’islâm. Selon lui toujours, la papauté aurait pris le parti des sionistes contre l’islâm.

L’auteur tente, en invoquant certains symboles propres à la papauté et à l’église romaine, de montrer que cette nouvelle posture de celles-ci va à l’encontre de leurs natures propres. Il fait évidemment appel, dans le même temps, à Ibn al-’Arabî et à l’enseignement de René Guénon.

Ce mélange des genres finit par étourdir le lecteur. On obtient un fourre-tout dans lequel se retrouvent nez-à-nez des citations du Noble Coran, des anecdotes historiques, des faits d’actualité, des notions tirées de Ibn al-’Arabî et de René Guénon. Sans aucune cohérence de pensée.

De surcroît, on se pose la question du bien-fondé des présupposés de Charles-André Gilis, en particulier celui selon lequel la papauté aurait un jour été favorable à l’islâm. Alors que le livre se propose de nous retracer la “genèse d’une dérive”, on a envie de demander à l’auteur: où et quand avez-vous vu la papauté pour l’islâm ?


Critique: al-Mawrid al-Thulâthî de Rûhî Ba’albakî, éd. Dâr al-’Ilm li-l-Malalayn

Lorsqu’étudiant en langue arabe, j’ai eu à faire le choix d’un dictionnaire français-arabe, je me suis dirigé sur les conseils de mes enseignants vers le sempiternel Larousse arabe/français. Malheureusement on peut se questionner sur le côté pratique d’un classement par racines comme celui qu’on trouve dans le Larousse, même si on ne peut éluder cet aspect de la langue arabe. Outre le Larousse, il existe finalement bien peu de dictionnaires complets et sérieux. Il y a – parmi d’autres moins notables – le dictionnaire ‘Abd al-Nûr, le Kasimirski et le Mounged. Mais ceux-ci présentent l’inconvénient soit d’être en deux volumes, soit de surpasser les attentes d’un étudiant, soit encore de ne pas les combler. Le dictionnaire al-Mawrid al-Thulâthî présente l’avantage d’être en un seul volume, de bénéficier d’un classement alphabétique, d’être bien vocalisé et d’être très lisible, ce qui n’est pas un luxe car de nombreux dictionnaires sont des reprints. Outre cela, les mots sont également retranscrits en phonétique conventionnelle, et ceux qui n’y sont pas rompus ont la possibilité de se référer à un tableau d’équivalence attaché au signet. De nombreuses expressions sont aussi présentes. Enfin, il est trilingue, ce qui peut être utile. Attention: ce dictionnaire n’a qu’une seule entrée: par la langue arabe. Ce n’est donc pas le dictionnaire le plus pointu, ni le plus complet puisqu’il n’a pas d’entrée française, mais dans sa catégorie, il présente des qualités indéniables. La fabrication est de sus irréprochable, ce qui le rend agréable à consulter et très maniable (il se maintient ouvert sur une table sans aucune difficulté).


Critique: Histoire des prophètes de Ibn Kathîr, éd. Maison d’Ennour

Les titres originaux sont tellement rares parmi le catalogue de livres islâmiques qu’il est difficile de faire la fine bouche. Lorsque l’Histoire des prophètes d’Ibn Kathîr est sortie aux éditions Maison d’Ennour, mon premier réflexe a été de m’en réjouir. Certes d’autres éditeurs ont déjà tenté l’aventure par le passé, mais sans grand bonheur, avec des traductions bâclées. Qu’en est-il de cette version ?

Le livre – imprimé en Chine, on peut d’emblée déplorer la qualité de fabrication du livre, en particulier pour la deuxième édition, avec une couture des cahiers tellement serrée qu’on a peine à ouvrir le livre, le papier s’en trouvant gondolé. Chaque exemplaire a sa couverture complétée par une chemise que l’imprimeur s’est échiné à raccourcir, si bien qu’elle ne tient pas, les rabats étant trop courts: on se trouve obligé de l’ôter très vite. On comprend vite en l’ôtant la raison de la présence de ces chemises: le façonnage de la couverture est médiocre, avec des traces de colle, des bulles d’air sont présentes un peu partout ce qui donne une sensation de rugosité au toucher. L’intérieur du livre est assez correct, avec une qualité d’impression qui correspond à la moyenne de la profession. Le papier blanc est de qualité moyenne.

Le texte – Ibn Kathîr opère dans ce livre à une vraie recherche historique, puisant dans le Coran et le hadîth, mais aussi dans les différents avis de Compagnons et de savants. Il va également chercher chez les Scripturaires un point de comparaison et une source complémentaire, avec toute la prudence dont il ne cesse de faire preuve. Il fait partie de ces livres dont il suffit de citer le nom de l’auteur pour qu’on sache à quelle qualité on peut s’attendre.

Les éditions Maison d’Ennour on fait un travail sérieux avec le contenu du livre, chose à laquelle ils nous ont habitués, dont la traduction est agréable à lire. Par ailleurs un effort a été fait pour retranscrire les noms arabes en transcription phonétique selon une règle, mais qui n’a pas été précisée, ce qui est à déplorer. Les premières pages du livres laissent augurer un travail d’identification des hadîths (cf. pp. 13, 17 et 21) dans les recueils, travail très rapidement avorté. Aucune présentation ni préface n’accompagne le livre. Curieux comme je suis, j’aime bien connaître le traducteur, ce qui est également un critère de choix du livre pour le lecteur. Ici le bât blesse, puisque l’éditeur a pris cette mauvaise habitude de ne pas citer celui-ci mais plutôt d’inscrire une formule sybilline: “Traduit de l’arabe par l’équipe littéraire des Editions Maison d’Ennour”. Qui se cache derrière celle-ci ? Lâ a3rif ! Un autre point a attiré mon attention: le livre ne fait que 450 pages, avec une fonte de 12 points parfois grasseyée sur plusieurs pages pour cause de citations coraniques, et la consultation du livre de référence en arabe révèle que le livre est un fait un abrégé de l’original, puisque de nombreux personnages cités par Ibn Kathîr sont écartés dans cette traduction. On aurait apprécié que l’éditeur nous en informe.

Pour conclure: pas de préface ou de présentation, une annotation réduite au plus simple appareil, pas de tableau de transcription phonétique, des libertés prises sur le texte original sans qu’en soit averti le lecteur et enfin une quatrième de couverture dénuée de tout texte, là sont les nombreux défauts de ce livre qui aurait pu être plus réussi si ces points n’avaient pas été négligés. La critique doit se faire plus rude quand on sait que c’est une deuxième édition. Mais le texte reste propre et lisible, et étant la seule traduction potable disponible, on pourra s’y référer si le besoin s’en fait sentir. Le tarif de 15€ reste tout de même un peu élevé vu les nombreux défauts et la fabrication médiocre. En plus, je me suis laissé dire qu’une version concurrente allait sortir, complète et par un traducteur reconnu…


Sorties et à paraître pour 2007 dans le domaine islâmique

Voici un chapelet de quelques nouveautés pour ce trimestre 2007 dans le domaine islâmique. Je me limite aux sorties françaises.

Sorties – après avoir été épuisé, le livre Histoire des Prophètes de l’imâm Ibn Kathîr est de nouveau disponible aux éditions Maison d’ennour. J’aurai l’occasion d’y revenir prochainement. Les éditions Universel ont fait paraître une nouvelle biographie du Prophète Muhammad, cette fois par Ibn Kathîr, extraite de sa chronique historique al-Bidaya wa-l-Nihaya. Il est à déplorer le prix élevé tout de même, à savoir 25€, prix qui s’explique peut-être par le choix d’un format très imposant pour ce livre ainsi qu’un papier épais, néanmoins l’initiative est bonne. Essalam pour sa part a réédité le livre de Muhammad Yassine Kassab, Gloire à Dieu ou les mille vérités scientifiques du Coran et en a édité un nouveau, toujours par le même auteur: Les bibles et le Coran. Orientica continue à s’investir dans le DVD, avec La citadelle du musulman (qui sont des invocations), La prière pour les enfants, Mon imagier bilingue, Tuva les voies de la vertu et enfin Kalila et Dimna. Chez Tawhid, deux titres de Mostafa Brahami ont ponctué ce premier semestre 2007: La prière pour les garçons et La prière pour les filles sans dessin et avec des photos. Iqra/La ruche continue à publier des livres de l’imâm al-Ghazâlî avec Fréquentation des gens ou isolement, qui est un petit opuscule, L’essentiel de la religion musulmane d’Ibn ‘Âshir, entre autres. Al-Biruni en provenance du Liban (via Al-Bustane) a sorti de son côté un Coran avec transcription phonétique de format poche, ainsi qu’un abrégé du Sahîh al-Bukharî. Pour Al Bouraq, ce sera, comme je l’ai dit, un texte d’Ibn Sînâ, Réfutation de l’astrologie, Le Coran parole de Dieu par Maurice Gloton, ou encore un livre chiite, comme la maison en compte de nombreux, par ‘Ali Khamenei. etc.

A paraître - Le quatrième tome du Sahîh al-Bukharî complet ne sera pas prêt pour juin comme c’était prévu chez Al-Qalam, en revanche notons la sortie prochaine de l’Encyclopédie de la femme musulmane en deux volumes alors qu’elle était proposée jusqu’à présent en 6 volumes. En préparation chez Tawhid, une réédition des Compagnons du Prophète par Messaoud Abou Oussama et peut-être enfin le deuxième volume consacré aux femmes “sahabiyat“. Des nouveautés aussi en préparation chez Essalam et Al-Azhar. Du côté d’Al Bouraq, peut-être d’autres livres de Malek Bennabi.


Sortie: Le Proche-Orient éclaté: 1956-2007 par Georges Corm, éd. Gallimard

[Livre disponible depuis le 21 juin]

Comme beaucoup de livres dont le titre contient une date, Le Proche-Orient éclaté est sans cesse réédité. Mais je n’ose pas croire que ce n’est qu’une histoire de dates. Je pense plutôt que l’érudition de Georges Corm est pour quelque chose dans ce phénomène agacant. Je commence à en avoir assez de voir mon exemplaire personnel sans cesse supplanté par la nouvelle version, mais ce livre est tellement majeur qu’on ne peut que se détourner de notre frustration. Attention tout de même: il s’étale sur pas moins de 1000 pages et il n’y pas d’images pour alléger l’effort à faire pour en venir à bout.


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Sortie: Réfutation de l’astrologie par Ibn Sînâ, éd. Al Bouraq

Yahya Michot, inconditionnel traducteur des éditions Al Bouraq, vient de sortir ce mois d’avril un texte d’Ibn Sînâ, Réfutation de l’astrologie. Ce qui attire l’attention, plus que le nom d’Avicenne, c’est surtout celui inscrit sur le bandeau rouge: Elizabeth Teissier. On fait le rapprochement aisément entre la thématique du livre et la susnommée. Et on se demande tout de même ce que son nom fait là, vu que le livre a pour but de réfuter cette fausse science et qu’Elizabeth Teissier fait son beurre avec. Cette dernière a en fait eu l’honneur de préfacer cette réfutation de l’astrologie, ce qui est un drôle de procédé. La quatrième de couverture révèle par ailleurs un beau chapelet d’arguments d’autorité: “É. Teissier est astrologue, journaliste, docteur en sociologie, auteur d’une trentaine d’ouvrages et conseillère des grands de ce monde.” On aurait apprécié qu’un personnage plus sérieux préface le livre. Yahya Michot; Ibn Sînâ; Elizabeth Teissier: cherchez l’intrus !


Un livre, 1000 versions ou 1000 livres, une version ?

S’il existe une maladie dans le domaine du livre islâmique, c’est non pas la multiplication du nombre de titres disponible – ce qui serait plus un bien qu’une maladie – mais le grand nombre de versions existantes pour un même titre. Vous me direz: dans le marché du livre profane, ce phénomène existe également. Et je vous répondrai: oui, mais ces éditeurs sont bien plus nombreux ainsi que le marché dans lequel ils s’inscrivent, et surtout, un livre en concurrence un autre par un supplément de qualité. Ce n’est pas le cas en ce qui concerne le marché islâmique.

L’archétype de ce phénomène est je crois le livre de l’imâm al-Ghazâlî, La perle précieuse. Traduit à l’origine par un orientaliste, le marché du livre islâmique compte près d’une dizaine de versions différentes, dont certaines s’inspirent directement de la traduction première. Il en va de même pour le livre d’Ibn Hazm Le collier de la colombe, dont il existe au moins trois éditions, toutes du même traducteur (ancien). Un autre exemple, très parlant aussi, est celui du livre Les péchés majeurs, de l’imâm al-Dhahâbî. J’en compte 4 versions: une chez Dar el-Fikr, une chez Al-Bouraq, une chez Al-Bustane et une aux éditions Le savoir. Sauf que la version Al-Bouraq, traduite par Hassan Amdouni, existe simultanément aux éditions Le savoir (par le même traducteur), à la tête desquelles nous retrouvons le même Hassan Amdouni. Par ailleurs les éditions Le savoir comptent 5 cas de “livres-doublons” avec les 40 hadîths de Nawawî, Les péchés majeurs, Le collier de la colombe, La médecine prophétique de l’imâm al-Suyutî, L’accord de la religion et de la philosophie d’Ibn Rushd. Néanmoins on y trouve aussi de nombreux oeuvres originales.

Ce phénomène très répandu démontre que certains éditeurs sortent des livres libres de droit (traductions tombées dans le domaine public) avec pour seul objectif de faire de plus grosses rentrées d’argent. Le résultat de tout cela est que le marché du livre islâmique est considérablement en retard si on le compare avec le marché anglo-saxon ou allemand, tandis qu’un grand nombre de musulmans parle français, toujours plus que l’allemand. Autre résultat: la lutte entre éditeurs est plus rude encore qu’elle ne devrait l’être, puisque chacun édite ce que l’autre a fait, souvent sans y apporter quoi que ce soit de différent. Un exemple concret:

La Risala de Kairouan est traduite par trois éditeurs à la fois, dont deux (Ennour 2006 et Iqra 1996) ont opté pour une version poche, avec la traduction de Bercher (libre de droits), tandis qu’un autre (Universel 2004) a refait traduire l’oeuvre par un traducteur compétent, Azzeddine Haridi, en grand format. Sur le terrain, le client va clairement privilégier les versions de poche, bien inférieures à la version grand format, mais moins chères. Pour l’éditeur, il est clair qu’Universel a engagé plus de frais et que son gain, même si le prix du livre est plus élevé, sera équivalent à celui des autres éditeurs qui ont moins investi sur leur livre. L’un dans l’autre il sera perdant. Cet exemplee qui vient conclure mon propos, montre de manière schématique combien il est difficile de faire du livre de qualité sur le secteur islâmique. De gros progrès sont à faire.


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Comment je me suis cassé le nez

Cherchant à commander le livre Un juif sur l’islam, je me suis cassé le nez. Biographie de Muhammad Asad, homme-curiosité pour nombre d’européens car juif converti à l’islam, ce livre est sorti en 2005 chez Stock. En toute logique, il devrait être disponible, ce qui n’est pas le cas. L’auteure, Florence Heymann, est anthropologue au Centre de recherche français de Jérusalem, organisme rattaché au CNRS. Tout cela est gage de qualité. Les réseaux de distributions indiquent pourtant l’arrêt définitif de commercialisation. Ca me met la puce à l’oreille: comment un livre qui est épuisé en deux années est retiré de la vente ? Et là, la magie de Google faisant son effet, je trouve le fin mot de l’histoire: c’est un plagiat. J’en tombe de ma chaise. Autant suis-je habitué à ce genre d’affaires dans le domaine du livre islâmique (je suis désabusé, je l’admets), autant de la part d’une personne travaillant au sein d’un organisme de recherche exposé, cela me surprend.

La dame Heymann, ayant trouvé un sujet digne d’intérêt et surtout de curiosité, a commencé par traduire ses carnets de voyage (Un Proche-Orient sans romantisme: Journal de voyage, Leopold Weiss, traduction par Florence Heymann, CNRS, 2005) et dans la foulée a sorti une biographie signée de son nom. Sauf que deux personnes avaient déjà fait un travail similaire auparavant: un américain, Martin Kramer, et un allemand, Günther Windhager. Chacun dénonce le plagiat. Martin Kramer, citation à l’appui, montre que Florence Heymann a quasiment repris des morceaux de son article, sorti dans le livre, The jewish discovery of islam, qui est un mélange en hommage à Bernard Lewis. Quant à Günther Windhager, auteur pour sa part d’une biographie en allemand de Muhammad Asad, Leopold Weiss alias Muhammad Asad. Von Galizien nach Arabien 1900-1927, il clame dans le journal Die Muslimische (p. 14), que le livre de Florence Heymann traite principalement de la période couverte par sa propre étude (1900-1927) et dédie un petit nombre de pages au reste de sa vie.

Il semblerait donc que ce soit aussi l’avis de Stock, puisque le livre, est, comme je l’ai dit, retiré de la vente. Ce n’est pas un cas à part, puisqu’on lit, toujours dans Die Muslimische, que cela pourrait être le cas de 20 à 30% des livres.


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Une journée de travail type du libraire musulman

L’autre jour, je reçois un appel d’un client désireux de connaître le tarif d’un livre. Je lui réponds donc fraternellement. Puis il se met à me dire qu’il était venu le matin à 9h30 et que nos portes étaient closes. Je lui rappelle alors les horaires (11h-19h). Et lui de me dire: “vous faites la grasse matinée ?” ! Cette remarque a eu un effet immédiat et je lui ai répondu poliment que nous travaillions déjà 8 heures dans la journée et que c’était pas mal. D’autant que ce n’est pas tout.

L’ouverture se fait vers 11 heures. Je ferme le magasin le temps de contrôler que l’espace de vente est sécurisé, qu’il n’y a rien d’anormal, de vérifier que les étals sont propres et qu’il ne manque pas d’articles. Puis j’ouvre le magasin. Les salâm s’enchaînent. A midi, pas question de fermer pour aller déjeuner. Les clients continuent de venir et surtout, nous n’avons pas la possibilité de fermer: fermer à midi, c’est perdre une partie non négligeable du chiffre d’affaires. Je dis ça pour certains clients qui s’imaginent que nous roulons sur l’or. Etre libraire, c’est plus de frais que de bénéfices, d’autant que l’investissement est constant et qu’il en va de notre survie. Mais le métier est passionnant – autant que frustrant, par moments. Bref, j’en reviens à la pause de midi. Déjeuner sur le pouce. Avec des interruptions pour servir la clientèle, mais c’est un choix.

Les creux entre chaque prière me permettent de faire des facing et des implantations, ou des vitrines. De même qu’un peu de ménage. Il est primordial que la poussière ne reste pas entre les livres. Pour cela j’ai ma technique (que je vais garder). Depuis quelques mois, l’informatisation est en marche (avec beaucoup de retard mais il a fallu créer notre propre base de données) et la gestion du stock se fait plus facilement, fatalement. Ce qui prend un temps fou, en réalité, ce sont les négociations. Chaque client veut un prix qui lui convient, cela en dépit même du tort que cela peut causer de notre côté. Comment expliquer à nos clients que le livre n’est pas un produit comme un autre, qu’il existe une loi qui protège la culture et surtout le livre en fixant un prix unique et que la remise légale est de 5% ? Malheureusement il semblerait que certains archaïsmes aient la dent dure.

La journée continue, émaillée par la réception et l’émission de commandes. Il faut aussi assurer la VPC. Parfois aussi, on croise des clients avec lesquels la discussion prend et on découvre des personnalités hors du commun, touchantes. Parfois c’est moins heureux et le ton monte. Je me souviens encore d’un monsieur qui avait tenté de m’embrouiller et de partir sans payer, en me noyant dans sa logorrhée. Le ton est un peu monté mais au final justice a été rendue. Nerveusement, c’est fatiguant.

Quand vient l’heure de la fermeture, il arrive qu’elle soit retardée: des clients sont toujours là, parfois pour ne rien acheter. L’heure de fermeture est très élastique, en vérité. Mais quand elle vient, ce n’est pas fini. Une fois un tour de vérification effectué, et un nettoyage nécessaire accompli, le dernier tour de clé donné, c’est le début d’une autre journée. Il me faut aller à l’entrepôt, afin de réassortir les rayons le lendemain, ce qui arrive une fois par semaine.

Disons-le: être libraire, c’est un métier à plein temps, au sens fort de l’expression. Le travail contamine la vie privée. Et si on remet une de ces tâches à plus tard, c’est l’effet boule de neige: le travail s’accumule et il faudra tôt ou tard faire ce qui n’a pas été fait en son temps, en plus du reste. Car être libraire c’est aussi être psychologue, commercial, magasinier, manutentionnaire, secrétaire, comptable et j’en passe. Mais pour être franc: vendre des livres, islâmiques qui plus est, voilà qui est valorisant ! Malheureusement, il semble que ce ne soit que mon point de vue.


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Où l’on apprend contre toute attente qu’Alain Juppé est un fervent lecteur de Harun Yahya !

Non content d’être le seul ministre à avoir échoué lors de législatives, ce qui lui coûte son siège, il semblerait qu’Alain Juppé ait beaucoup apprécié le fameux Atlas de la création de Harun Yahya, contrairement au public français. Ce scoop, c’est Harun Yahya lui-même qui le divulgue à la minute 36 (environ) de cette conférence tenue en mai dernier. Selon lui, Alain Juppé lui aurait envoyé une lettre de félicitations en avril. On peut s’attendre à ce qu’Alain Juppé s’exile en Turquie dans les prochaines semaines pour se faire Pacha…


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